MOMENTS du temps présent

Au fil du temps, par delà mon intérêt indéfectible pour la psychanalyse, mon paysage psychique s’est accroché à d’autres domaines qui sont présents dans mes publications et qui engendrent toujours des gestes de lecture ou de curiosité qui apparaîtront dans cette rubrique de-ci de-là … Remonter au début.

20 mars 2026 : Sans doute mon écrit sur Bernard Réquichot publié il y a 20 ans trouve encore sa pertinence auprès de certains lecteurs au point que ceux-ci me demandent d’en énoncer ma lecture. Ce fut le cas récemment d’un galeriste allemand, lui-même collectionneur de dessins et collages de cet artiste. Michael Werner dans sa galerie à Berlin, expose du 31 janvier au 11 avril 2026 des œuvres de Réquichot. J’ai publié un texte court dans le catalogue d’exposition qui indique ce que cet artiste a travaillé, à partir du langage même, pour restituer sa confrontation au réel.

1 février 2026 : Un pan nouveau de l’Art Brut se constitue comme une classification qui s’opère dans ce champ esthétique. La photo Brut regroupe un ensemble d’artistes qui travaillent essentiellement à partir de la photographie et de l’image.

Je dis photographie car ils sont photographes à leur manière.

Je dis image car ils utilisent le matériel de magazines ou de journaux et produisent des collages rehaussés ou non de gouache.

Comme souvent dans l’Art Brut leur propre personne et intimité sont exposées sans ambages d’une force qui est justement brute. Mais d’autres approches sont visibles qui rendent compte de ce qu’ils perçoivent de l’état du monde.

La photo Brut rencontre mon propre intérêt pour la photographie quand celle-ci est floue. Deux livres sont à feuilleter pour qui serait animé par une curiosité pour cet art de l’écart. Il s’agit de la collection Bruno Decharme : « Photo Brut » , Tome 1 et 2, Flammarion,  2022.

Bruno Decharme est un collectionneur de l’Art Brut, sa donation au Centre Georges Pompidou a donné lieu à une exposition du 11 juin au 21 septembre 2025 et un catalogue : « Art Brut. Dans l’intimité d’une collection. »

Je me dois dans cette invitation à fréquenter la photo Brut de parler de l’ouvrage théorique de Michel Thévoz, « La photo Brut », ed. L’atelier contemporain, 2023. Il s’agit d’un découpage conceptuel de ce qui serait en jeu dans cette démarche qui utilise la photographie. La spécificité de ce matériau est à la fois représentation de la réalité mais aussi indice de ce qui a eu lieu. Thévoz grand connaisseur de l’Art Brut convoque un ensemble de concepts qui découpe avec finesse une série de problèmes.

Pour ceux et celles qui n’ont aucune connaissance de ce monde singulier qu’est l’Art Brut, un ouvrage peut-être utile parce qu’il revient sur les fondamentaux, (les différentes définitions et approches, Art Brut, Art des Fous, Art Outsider, etc.) et les origines, Dubuffet, Breton etc. Je pense au livre de Laurent Danchin « Aux frontières de l’Art Brut », ed . Le livre d’art, 2013. Un livre composé d’une centaine de courts textes, faciles à lire et captivants.

8 septembre 2025 : J’ai été sollicité pour participer à un dossier sur l’artiste Bernard Réquichot sur lequel j’ai pu à une époque porter un grand intérêt au point d’écrire sur lui et de réfléchir sur sa poésie. C’est à ce titre que je figure dans le numéro 7 de la revue « In toto ». Une revue que je conseille depuis son premier numéro. Que Mirtha Pozzi trouve ici ma reconnaissance de me permettre de dire à nouveau toute l’admiration que j’ai pour Réquichot, artiste des années 1950-60 qui mérite toujours de ne pas être oublié.

3 mai 2025 : Il faut croire que peu d’éléments théoriques me comblent ces temps-ci. Puisque être dans le travail conceptuel plus ou moins fermement, reste pour moi un des fondements de mon existence. Il m’arrive tout de même encore d’être retenu par des réflexions philosophiques sur le temps par un Pierre Caye, sans doute parce que celui-ci parle des stoïciens, (« Seul le temps nous appartient », ed. Verdier, 2024).

Le plaisir est venu de l’art et d’une plongée dans une avant-garde déjà connue par moi, celle des Lettristes. Un livre de Maurice Lemaître, ( un hors série des Cahiers du Centre Pompidou, 2025), m’a renvoyé sur d’autres livres ,…Toujours et toujours Dada, avec mes préférés Kurt Schwitters et Raoul Hausmann. Je me souviendrai de cette virée à motocyclette vers le musée de Rochechouart qui conserve un fond Hausman, lui qui vécu la fin de sa vie à Limoges. J’ai pu là admirer collages et photographie de cet artiste. D’où ce livre « Raoul Hausmann et les avant-gardes » écrit par un collectif, aux éditions les presses du réel, 2014, qui me procure dans ce temps présent un peu de joie.

26 janvier 2025 : Je me souviens de cette période du covid, j’étais insensible aux tumultes des débuts malgré le bruit que me rapportaient mes patients de ce monde en ébullition . Le psychanalyste dans son cabinet, dans le fond il sort peu et ne s’émeut pas aux premiers cris. Donc je n’ai pris conscience de la gravité de la période que lorsque j’ai pu lire un commentaire méprisant , sur les propos que le philosophe Giorgo Agamben a tenu sur notre entrée dans le covidisme , par un journaliste du journal «Le Monde » . Ce fut pour moi une prise immédiate de conscience sur l’état du monde, justement ! Les temps seraient dur, ça n’a pas manqué. Car mépriser ce philosophe c’est témoigner pour le moins de sa très grande inculture. Il est pour moi un très grand penseur de notre époque . La preuve en est ce dernier petit livre sur le goût qui vient de sortir fin 2024. Chez lui tout est toujours conceptuellement très fin, j’en réfère ici au dernier chapitre du livre où il indique la bévue de la majorité de nos condisciples de croire qu’en dehors du discours de la science point de salut ! Il rappelle fort justement que depuis le début de la pensée grec une distinction non méprisable se faisait entre un savoir qui sait et un savoir qui ne sait pas. Que ce dernier mérite tout notre respect . Ce qui explique par exemple que dans la Grèce Antique l’astronomie et l’astrologie cohabitaient pacifiquement. Point de complotisme la dedans.

Nous sommes bien loin de cela aujourd’hui , ce qui rend notre époque malheureuse.

29 septembre 2024 : Il n’y a aucune raison, dirai-je, de ne pas poursuivre ce séminaire de psychanalyse.
Il me fallait un point d’entame, pourquoi pas le tore ? Une bouée comme un souvenir de plage.

12 août 2024 : Ah ! Les j’y haut, Oh !, tellement haut que de là l’homme semble minuscule dans ce monde. Les clameurs ne vont pas ici le grandir et le spectacle ne peut que l’éloigner de son être. Dans une bibliothèque de monastère, je trouve par hasard un recueil de René Char, d’où :
« Eléments »
(…), Dans cette femme encore jeune un homme devait avoir racine, mais il demeurait invisible comme si l’horreur, à bout de forces, s’en était tenue là, (…).
« Afin qu’il n’y soit rien changé »
(…), J’ai captif, épousé le ralenti du lierre à l’assaut de la pierre de l’éternité, (…).
Le poème est le lieu où le signifiant pèse lourd. Une belle médaille en somme.

2 avril 2024 : Forcément mon site m’expose quelque peu, en l’occurrence ici sur une activité passée. Celle d’avoir transcrit en partie le séminaire de Lacan  « Les formations de l’inconscient (1957-58) ». Nous étions cinq puis quatre personnes, nous faisions groupe, animé par Bernard Casanova. Pendant onze ans toutes les semaines, nous avons bataillé avec des versions non publiées à l’époque, du texte de Lacan, pour rendre par l’écrit ce qui fut parlé.

Tout ce temps permis de transcrire une partie jusqu’à la séance du 22 janvier 1958 incluse. Ce séminaire déploie ce qui est nommé le graphe du désir. On y assiste aux étapes de son élaboration.

L’amabilité d’un de mes patients a permis la mise en pdf de ce travail, qu’il en soit remercié. Il devient donc disponible à qui veut le lire.

29 septembre 2023 : Dès octobre je poursuis ce séminaire pour attaquer frontalement la doxa dominante du temps présent. La lecture du livre d’Eric Marty y est sans doute pour quelque chose : « Le sexe des modernes, pensée du neutre et théorie du genre », Paris, Seuil, 2021. De manière précise et détaillée l’auteur décortique ce que la théorie du genre, Butler en tête a importé de Lacan , Barthes, Deleuze, Foucault et de quelques autres pour nous proposer en retour  un amalgame qui semble digeste à la majorité mais qui pourtant ne prône pour qui sait lire qu’une solution perverse  à la différence des sexes. Tout ceci ne fait qu’ accentuer  la désorientation de l’époque et prolonger  la grande parade  comique et ridicule dans laquelle tout le monde  se tient  la main et défile au son d’un occidentalisme perdu.

Pour l’instant rien de nous empêche de travailler et de remettre en évidence ce que la psychanalyse nous offre comme possibilités d’orientation et d’ancrage dans notre vie.

4 janvier 2023 : J’ai un peu attendu mais tout de même je reprends ce séminaire qui pour cette dernière période à commencé en 2015. Parler du Graphe du désir c’est rendre compte d’un moment où l’originalité et la pertinence de la pensée de Lacan sont déjà démontrées. Reste à déplier cet acquis de la fin des années 50, j’en propose une lecture en ce début d’année.

2 mai 2022 :

Encore un ! Dirai-je . C’est sans doute une époque de ma vie où je mets en circulation mon travail parce que celui-ci me paraît abouti. J’en ai fait un tour. Manifestement quelque chose d’autre s’amorce autour de la photographie, j’espère un écrit dans 2 à 3 ans je suis au travail.

20 novembre 2021 :

On ne peut échapper à la doxa dominante qui nous soumet constamment à l’idéologie de la contagion liée au Covid. Ce que j’appelle, comme d’autres , le Covidisme. Il faudra du temps, sans doute plusieurs années maintenant, pour que ce récit puisse se juger à l’aune de la vérité. Ce que l’on nous impose comme règles de vie commune avec toutes les coercitions qui s’ajoutent constamment, n’auront pas de fin, puisque la pulsion de mort traverse nos sociétés. Ceci mérite une relecture des textes de Lacan. A vrai dire mon travail de séminaire me fait réouvrir les « Psychoses », la séance du 18 avril 1956, (p.226 des Editions du Seuil) :

« C’est grâce à ses mythes que le primitif s’y retrouve dans l’ordre des signifiances. Il a des clés pour toutes sortes de situations extraordinaires. S’il se met en rupture avec tout, des signifiants le supportent encore, qui par exemple lui disent exactement la forme de punition que comporte sa sortie, laquelle a pu produire des désordres. La règle lui impose son rythme fondamentale. Nous, nous en sommes réduits à rester très peureusement dans le conformisme, nous craignions de devenir un petit peu fou dès que nous ne disons pas exactement la même chose que tout le monde. c’est ça, la situation de l’homme moderne. »

L’homme moderne a peur, la majorité a peur ensemble ce qui rend la tâche facile à nos gouvernants. Puisque le mensonge, le déni de la réalité, l’obscénité, tout cela est possible et même le pire est à venir. Il n’y aura pas de réveil, les minorités auront beau proposer une autre réalité rien n’y fera. L’effraction et la rencontre fracassante avec le Réel sera, je le crains, la seule issue.

2 novembre 2021 :

Je poursuis ce séminaire de psychanalyse qui a pour but la transmission de l’enseignement de Lacan. Il est tenu chaque année maintenant, depuis 2015. Quarante ans après la mort de Lacan, chacun a pu travailler, à sa manière et par le prisme qui était le sien, l’apport théorique, tant pour la psychanalyse que pour les Sciences Humaines, de la pensée de Lacan. Avec le temps, je me rend compte que les catégories de Réel, Symbolique et Imaginaire sont ce à partir de quoi je restitue mon travail de compréhension de cette œuvre.

Cette année, à la demande faite par une participante il y a deux ans, je vise l’approche de Lacan dans le champ des psychoses. Mais comme toujours, avec Lacan, on ne peut le comprendre, que si l’on restitue à la fois sa propre démarche mais aussi son horizon conceptuel. Il y a donc un effort à faire qui nous situe bien loin des formules toutes faites et des rabâchages stériles de certains lacaniens.

Vous pouvez y participer en toute liberté. Ci-après, l’affiche de présentation.

11 août 2021 :

Quelle ragougnasse ! Ne serait-ce le mot juste pour dire ce que le discours dominant au regard de cette épidémie, voudrait nous faire avaler ?

Qui peut croire que le « pass sanitaire » serait une solution à endiguer la contagiosité ?

Qui peut croire que la vaccination peut faire disparaître cette maladie et par là même le virus ?

A priori beaucoup de personnes puisque cela marche, les gens se vaccinent et acceptent le pass.

En quoi l’enseignement de Lacan pourrait ici nous servir ?

A dire d’abord que l’homme est, parce qu’il est un être parlant, un soumis. Pour épingler un terme de philosophie, ontologiquement l’homme est d’abord et avant tout un soumis. Il doit se soumettre aux lois du langage pour parler, il doit se soumettre à l’autre pour survivre, puisque bébé, il ne peut rien qu’être objet du désir de l’autre. Ce que je dis là se repère dans la vie de certains même à l’âge adulte. L’autonomie psychique, c’est-à-dire accepter que « ça pense en moi » et non pas que « l’autre pense pour moi », n’est pas ce qui est le plus partagé entre les humains. Nous ne pouvons que le constater aujourd’hui, la majorité des personnes demandent que l’on pense pour elles.

Je dirai ensuite, que le grand Autre, comme le développe Lacan, n’existe pas en tant que tel. Il n’existe pas d’instance, de lieu, d’autorité supérieure, etc. Qui pourrait savoir et dire ce que nous devons faire et être. Penser qu’un Labo, un médecin, un comité ou agence quelconque, serait ce grand Autre, c’est être dans la croyance. Que peut la raison devant la croyance ? Que peut la raison devant quelqu’un qui a une hallucination, puisque celle-ci entraîne l’intime conviction de celui qui est halluciné.

Je dirai donc :

Ce qui passe c’est l’impasse soit un tour de passe passe qui voudrait nous faire croire que si l’Un-passe il s’agit de sujet.

Surement pas ! Le sujet, comme l’entend Lacan ne se code pas avec du 0 et du 1, c’est justement ce qui défaille.

6 avril 2021 : J’ai toujours parlé de mes publications en terme de « saisissement », de « cristallisation ». Pour la raison, et c’est ainsi, sans doute, pour tous ceux et toutes celles qui placent le livre au cœur de leur existence, que je suis toujours au travail, en travail. Ce dernier livre publié L’informe du réel, le sujet en perspective, poursuit ce qui dans le fond demeure toujours inassimilable – le réel. Qu’il soit devenu, depuis longtemps maintenant, mon objet d’étude, est une manière pour moi de le manquer. Que ce ratage fasse écrit, il y a quelques fois une preuve partageable. C’est ma façon que j’ai de concevoir le livre.L'informe du Réel Le sujet en perspective Gérald Morales

21 mars 2021 : Le discours de l’analyste, comme tout discours chez Lacan, traduit un certain type de lien social. La cure analytique et le transfert qui la traverse réservent des surprises, aussi pour l’analyste. J’ai déjà évoqué dans un autre « moments présents », ce que le geste d’une analysante déposa sur mon bureau – un livre.
Ici, dans cette autre cure, à épingler certains poètes, cette analysante me parla de Jean-Jacques Viton. Ignoré de ma part, (mort ce 14 mars), je trouvai ce poète marseillais suffisamment juste pour ici le citer dans Selected sueurs :

Le présent est un endroit dangereux.

La poésie est toujours pour moi, au-delà du style, de la coloration imaginaire, l’écrit juste. A en « chiasmer » la formule, juste l’écrit.

18 février 2021 : Ne nous égarons pas à commenter le moment présent. Il va sans dire que les lecteurs de Lacan connaissent ce para-discours qu’est « le discours capitaliste » et que ce qui a été dit en son temps vaut pour notre époque. Tout ceci, aujourd’hui, n’est que la continuation des apories pointées par ce psychanalyste. Qui veut savoir peut le lire.
Comment alors respirer dans cet enfermement ? Chacun y va de son bricolage. J’aurais voulu en décembre dernier évoquer ce plaisir gourmand d’avoir entre les mains un cahier de l’Herne sur Paul Celan, mais « la tenue sérieuse » de son écriture me faisait reculer. Ne fallait-il pas plutôt envisager l’éclat de rire (si cher à Bataille) ?
Ce jour en librairie un beau livre du poète Ossip Mandelstam Poèmes 1921-1925 ed. Harpo &. Ce plaisir à nouveau du livre et du poème et cette langue puissante et forte me rappelle ma joie de décembre. Celan connait Mandelstam, il l’a même traduis je crois, et je me dis que ce printemps à venir sera d’autant plus éclatant que nous serons affûtés comme un vers de Mandelstam.
Je viens de retrouver cette strophe du poème de Celan Après-midi avec cirque et citadelle (1961) qui témoigne qu’au travers du temps une poignée de main a eu lieu :
   A Brest, devant les cerceaux de flammes,
   Dans la tente où le tigre bondissait,
   Là, je t’ai entendu chanter, Finitude,
   Là, je t’ai vu, Mandelstamm, souche d’amande.

2 novembre 2020 : La tenue de mon séminaire, Malgré tout les inconforts du présent, est aujourd’hui comme une résistance aux délabrements du monde. La psychanalyse nous propose, dans un effort individuel, de subvertir cette désorientation permanente du discours dominant. Encore faut-il désirer savoir ?
Lors de la dernière séance, j’ai développé cette idée de Lacan que le petit homme incorpore littéralement le langage. Celui-ci colonise le corps. J’ai relu à ce propos la poésie de Ghérasim Luca. Elle reste pour moi remarquable, par son immense singularité indépassable. Ce poète sait qu’il est parlé, plus qu’il ne parle. C’est le lot et parfois le fardeau de tout humain. Ghérasim Luca est poète parce que lui l’articule, admirablement. Voici un extrait de son poème Le tangage de ma langue :

[…],
Happé par l’aimant du non-sens
j’ai parlé à peu près ceci
pour dire précisément cela
Je suis Hélas !
donc on me pense
[…],

10 septembre 2020 : Il y a différentes manières de travailler l’enseignement de Lacan, sa disparition a laissé place en 40 ans à bon nombre de commentateurs et d’utilisateurs de ses notions, de ses formules, de ses jeux de mots,… On peut trouver chez les uns ou les autres de quoi nous contenter, mais ce qui apparait assez clairement c’est l’institutionnalisation de « professeurs de ce savoir lacanien » et en cela ils ont tout de l’universitaire et rien du psychanalyste. Ce qui rend ce savoir mort ou moribond. La psychanalyse est quelque fois relevée par certains qui sont à mon avis autre part que dans un discours universitaire. Je cite Christian Dubuis Santini et son séminaire « Lacan nous et le réel » accessible sur le net. Il y a là de quoi nous réconcilier avec l’après Lacan.

1 mai 2020 : Aimer la photographie, pratiquer la photographie nous ouvre à une forme de nostalgie pour ce qui a eu lieu et qui n’est plus là. Lire là-dessus le livre de Barthes. Comme toute pratique elle possède une dimension politique. Cela peut paraître étrange mais pas tant que ça si l’on pense au fait que dans notre société des choix de pratique sont possibles et l’une plus que l’autre ne nous offre pas le même monde. Quant à moi je dis pas de numérique mais de l’argentique. Le noir et blanc plutôt que la couleur et le flou plutôt que la netteté. La technique, oui bien sûr mais jamais au détriment de l’aléatoire et de l’accidentel. L’image est une autre réalité que la réalité elle-même , croire le contraire c’est forcément s’illusionner même si l’image porte témoignage d’une situation et d’un état des choses. À prendre en compte ces quelques éléments font de la photographie un univers dont l’éventail indique s’il le fallait que c’est un art. Je travaille souvent avec un sténopé en voici un aspect.
Sténopé © Gérald Moralès

20 mars 2020 : L’effet révolutionnaire du symptôme, de Marie-Jean SAURET, éd : ERES, 2008. Voilà un livre qui réfléchit sur ce que la psychanalyse nous offre comme lecture sur la société et sur les rapports sociaux d’aujourd’hui englués dans le discours capitaliste. En voici un extrait p. 230 : « Le discours capitaliste ne laisse aucune place aux figures d’autorité susceptibles d’étayer la fonction paternelle. En outre il promet un bain de jouissance « comestible » à tous ceux qui pourront le payer. Il naturalise le désir et le sujet, et il fonctionne sous le registre de la frustration. La faillite de l’Œdipe et de la castration promeut, […], certaines formes pathologiques telles les pathologies de la consommation (anorexie, boulimie, dépression…) dont il est légitime de se demander si elles conservent la portée révolutionnaire du symptôme (Lacan), […] ». Et plus loin p. 264 : « Aujourd’hui, le lien social est dominé par un avatar de la science, la technoscience, qui promeut de fabriquer tout ce dont nous pourrions avoir besoin, et par le marché, qui promet lui, de mettre cette fabrication à la disposition de chacun. Tel est le lien social que Lacan épingle de discours capitaliste ». Voilà quelques idées fortes du livre de Sauret que cet auteur met au travail. Montrant qu’à partir du moment où on nous promet de tout comprendre, pas besoin de l’opération castration pour symboliser cette perte de jouissance nécessaire et constitutive dans notre lien aux autres et au monde.
Cet auteur s’inscrit dans les travaux d’un Jean-Pierre Lebrun. On n’est pas ici dans un lacanisme pur et dur mais plutôt comment penser, avec l’enseignement de Lacan, ce qui est là.

4 novembre 2019 : Je poursuis mon séminaire sans doute avec une intention plus forte que jamais, car ce que la psychanalyse est devenue dans le discours commun demande une transmission sans relâche. Mon travail constant sur la théorie de Freud et Lacan ne me rend pas optimiste sur le conformisme des lacaniens, il suffit de relire les premiers élèves de Lacan pour saisir l’intérêt de critiquer au sens fort du terme l’enseignement de Lacan. Les mouvements de pensée dominants d’aujourd’hui sont-ils encore capables d’entendre ce qu’a de scandaleux la psychanalyse ? Mon séminaire est donc ouvert à ceux et celles qui désirent prendre le risque de penser.

1 septembre 2019 : Georges Bataille me poursuit cet été de façon oblique par deux ouvrages de femme qui ont croisé sa vie de manière différente. L’une qui a été, je crois, très importante : Colette Peignot, dit Laure. Son court récit Le triste privilège ou une vie de conte de fée, Allia, Paris, 2015, témoigne froidement d’une enfance « corsetée » par l’église et par une mère rigide. Avec en plus une très belle photo de couverture de J-C Warburg pour ceux qui aiment le flou .
Le second livre, une artiste de plus en plus redécouverte, il me semble, Dora Maar, qui a fréquenté Bataille et surtout Picasso, soit toute cette période des années 30-40 du siècle dernier. Photographe et peintre, elle est morte très retirée du monde en 1997. Le jeune psychiatre Lacan l’a même suivi quelques années, comme quoi les vies se croisent et se nouent dans ce Paris des années 30. Le livre de Victoria Comballia Dora Maar, la femme invisible, édition invenit, Lille, 2019, est vraiment très documenté sur le travail photographique de cet artiste, et la conception de l’ouvrage offre une lecture très agréable.

8 août 2019 : Depuis longtemps maintenant j’ai toujours eu un goût d’enfance et par la suite intellectuel pour les grottes ornées du paléolithique. Plus particulièrement pour les signes abstraits et vulvaires inscrits sur les parois. Je renvois le lecteur à la partie publications et articles de ce site pour lire ma théorisation, à une certaine époque. L’Espagne Cantabrique offre encore au public même restreint, (huit personnes par heure), d’être confronté à cette première écriture. Je pense à la grotte de Chufin, vue récemment, remarquable parce qu’il faut ramper dans un tunnel sur plus de 4 mètres dans le noir pour admirer les nappes de points rouges sur son plafond. C’est une expérience esthétique qui décale et par là-même réveille ce qui l’en est du sujet.

17 juillet 2019 : Une partie de l’été se passe dans la pensée de Georges Bataille. Il y a toujours, quelque soit la façon dont on entre dans son œuvre, un indépassable, hétérogène, que l’on ne trouve pas chez d’autres. Malgré tous les commentaires et les biographies qui souvent éclairent ce que l’on avait pas vu ou pas lu, cette pensée possède un inassimilable qui fait que l’on revient sans cesse sur elle. Pour qui s’intéresse à Lacan, sait, sans être jamais affiché ce que ce psychanalyste a emprunté à Bataille, sur la notion de Réel, par exemple. Mon intérêt pour l’informe fait que j’ai lu la réédition du travail de Georges Didi-Huberman sur la revue Documents. (La Ressemblance informe éditions Macula). Travail conséquent même si j’ai des réserves sur une lecture de détails un peu laborieuse et qui traîne en longueur.
Et puis un livre de jacques Nassif : Pour Bataille, éditions des crépuscules, Paris, 2019. Là c’est autre chose, il y a un point de vue, une thèse, comme on dit, qui prend à rebrousse poil l’air du temps. Un brin décoiffant pour certains car mettre en évidence ce qu’il y a de sulfureux et d’impensé dans les lieux communs (particulièrement aujourd’hui), à travers certains concepts ou position de Bataille mérite bien une demi-journée de lecture, le temps pris pour lire ce livre.

16 mai 2019 : Quelques fois les patients déposent sur le bureau des livres, des objets . Est-ce des cadeaux ? Non. Plutôt une forme d’échange dans une circulation où l’inconscient dirait : « Ҫa passe par là… »
Le livre de Marc Ledoux, que je conseille fortement : « Qu’est-ce que je fous là » éd. Literarte, Belgique, est un objet de cet ordre là. Pour ceux et celles intéressés par la clinique et la psychothérapie institutionnelle, ce livre doit être lu.

11 mars 2019 : Il n’est plus rare que soit traité au cinéma les rapports entre un ou des enfants et leur père. Si l’on prend le cinéma comme un art du récit qui dit ce qu’il en est d’une époque, pourquoi cet intérêt aujourd’hui ? Les femmes ont-elles déserté la structure familiale dite classique ? L’évolution de la famille que l’on veut présenter comme un progrès minore ce phénomène de certains pères qui tentent malgré tout de poursuivre une certaine idée de la famille où la place de chacun est tout aussi structurante que la manière de l’occuper.
Deux films : Deux fils de F. Moati ; C’est ça l’amour de C. Burger.

8 février 2019 : Il y a des universitaires singuliers, heureusement ! François JULLIEN est de ceux-là. Je sais que certains psychanalystes ne l’aiment guère car il a questionné à sa manière, par un livre, cette discipline. Mais il faut découvrir cette œuvre philosophique originale entre la Grèce et la Chine. Toujours à proposer un décentrement de l’une par rapport à l’autre. Chemin faisant il a développé de nombreux concepts qui changent des convenances universitaires comme celui de fadeur, de transformation silencieuse, etc. Je retiens celui de biais ou d’obliquité qui nous sort de celui si occidental de frontalité. Un petit livre vient de sortir sous forme de question/réponse qui permet d’entrer dans son œuvre : De l’écart à l’inouï, Paris, Editions de l’Herne, 2019.

20 décembre 2018 : Décembre est en marche mais la poésie est toujours là. J’apprécie Jean-Claude Pirotte, (sans doute me rappelle-t-il Jules Laforgue), dans Ajoie, ed. Gallimard/Poésie, Paris, 2012, p 257, je lis :

[…] écrire en prose écrire en vers
et raturer jusqu’à la mort
décrire l’endroit pour l’envers
ce côté-ci de la lucarne [… ]

l’espace est là qui nous entoure
on trébuche, qui nous regarde ?
l’enfant de la plus haute tour
lorsque s’écroulent les remparts […]

30 novembre 2018 : Ah ! Les gros livres c’est un bonheur pressenti. On sait l’utilisation métaphorique de l’archéologie que Freud a pu faire mais ce qui me retient surtout dans Une histoire des civilisations sous la direction de Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia, Alain schnapp, ed. La découverte Inrap, Paris, 2018, c’est la possibilité d’avoir un panorama complet de l’état de nos connaissances via des points d’entame originaux. Ça mérite quelques heures de lecture.